Après la crise chypriote, à qui le tour?

En ces temps de crise où les dettes publiques et les déficits s’envolent, où l’on entend parler ici et là de taxations sur l’épargne des français, de faillites de banques ou d’un état, je peux comprendre que des questionnements émergent.

Cela tombe bien, certains de nos confrères européens ont déjà « expérimentés » pour nous cette situation.

Quelques chiffres :

Chypre est une île de 1,219,051 d’habitants en 2018 (source population data) où il fait (faisait) bon vivre.

Petit paradis fiscal qui profitait du tourisme, de son industrie bancaire et maritime.

Une croissance de 0,4 %, une dette/PIB de 65,9 %, une balance commerciale -2,82 % en 2011 (avant crise), rien de bien alarmant pour l’instant quant on voit les chiffres actuels de la France par exemple.

Ce petit petit pays méditerranéen est entré dans l’UE en 2004 et dans l’euro en 2008, il représente 0,2 % du PIB (18 Milliards€) de la zone.

Les prémices de la crise :

Le pays se lance dans une augmentation des dépenses publiques, nous pouvons observer une hausse de la dette de 20 points de 2008 à 2011 (de 45 % à 65%).

Les recettes fiscales sont basses du fait de son statut de paradis fiscal.

Les banques chypriotes sont très exposées aux dettes grecques.

Chronologie de la crise chypriote :

  • 2010 : La restructuration de la dette grecque fait perdre 4,2 milliards aux 2 principales banques Chypriotes, dont les bilans pèsent lourds par rapport au pays (env. 7,5 fois le PIB).
  • 2011 : L’état intervient pour sauver ses banques, Chypre emprunte 2,5 milliards à la Russie, l’économie est sauvée
  • 2012 (mars) : Les agences de notation Moody’s et Fitch dégrade la note de Chypre ce qui provoquera le défaut du pays.
  • 2012 (novembre) : Chypre fait appel à l’UE, un plan d’austérité est lancé (baisse des salaires et des allocations, augmentation de la TVA et des taxes diverses, privatisations…)
  • 2013 (15 mars) : Plan de sauvetage n°1 refusé, il proposait une aide de 10 milliards, de taxer 6,5 % les avoirs des chypriotes inf. À 100.000€ et de 9,9 % les avoirs sup. À 100.000€
  • 2013 (25 mars) : Plan de sauvetage n°2 accepté (voir explications ci dessous)
  • 2013 (27 mars): Bank run évité, les banques ont fermé les rideaux et les retraits en espèce sont plafonnés à 300€/ jour.
  • 2015 : Chypre vote sous la pression de l’UE une loi d’expropriation des biens des propriétaires « insolvables » avec un patrimoine supérieur de 250.000€

Retour sur le plan de sauvetage.

Ce plan propose le sacrifice de la banque Laiki Bank, elle sera scindée en deux parties.

Une partie en « Bad Bank » ou l’on placera l’ensemble des actifs toxiques et une « Good Bank » qui fusionnera avec la Bank of Cyprus.

Les dépots « sains » de Laiki Bank inf à 100K€ seront transférés vers la Bank of Cyprus.

Le reste sera taxé à 80 % pour sauver les meubles et faire face aux frais de liquidation et de résolution.

En ce qui concerne la Bank of Cyprus, les dépôts ( particuliers et entreprises) inf à 100K€ sont garantis.

Au delà :

  • 37,5 % seront utilisés pour l’achat d’actions de Bank of Cyprus afin de renforcer les fonds propres.
  • 22,5 % seront gelés en prévisions de problèmes futurs

Les 40 % restants ne sont pas bloqués mais aucun intérêt de placement sera versé pendant la période de crise.

Au final c’est donc 13 milliards posés sur la table par Chypre grâce aux déposants, aux privatisations, à la vente de l’or et aux augmentations des taxes et des impôts (Bail in), plus les 10 milliards prêtés “généreusement” par l’UE (Bail out).

Wolfgang Schauble disait je cite : « Chypre est et restera un cas exceptionnel ».

Conclusions :

Wolfgang Schauble disait je cite : « Chypre est et restera un cas exceptionnel ».

Les comptes d’épargne des européens sont sûrs, les Etats ont suffisamment d’argents pour garantir les dépôts.

Vraiment ? (Voir article sur le FGDR)

Que pouvons nous apprendre de cette crise?

Chypre est un dommage collatéral de la crise grecque dont les banques détenaient trop d’obligations d’états à fort risque.

Le bilan des banques qui pèsent trop lourd par rapport au PIB du pays sont des facteurs aggravant à la crise, car trop grosses pour être sauvées, elles mettent en péril toute une nation.

To big to fail

Stewart Mc Kinney 1984

C’est donc un accroissement de la dette publique, des déficits et de l’austérité qui en découle.

Une fois affaiblit un état peut voir sa note dégradée par les agences de notation, ce qui a comme résultat immédiat de l’enterrer un peu plus dans la crise, tel un cercle vicieux tournoyant de sa propre ivresse.

La Troika nous a prouvé qu’elle n’hésitera pas une seule seconde à imposer un prélèvement exceptionnel sur le patrimoine privé du pays concerné et imposera toujours plus d’austérités.

Cette situation de banques trop grosses, de déficits croissants, de risques obligataires ne vous rappelle rien ?

Méfiez vous de la jurisprudence Chypre, elle n’est pas qu’une fiction, elle est même bien réelle.

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